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Georges Lautner met les pendules à l’heure : à propos du Monocle

Monocle00001Avec Georges Lautner nous avions eu deux occasions manquées (lors du 5e Salon des séries et lors du colloque consacré à Richard Matheson). La troisième occasion a été la bonne ; elle a été même très bonne. Il faut dire que Georges Lautner ne manque pas une occasion de descendre dans la région niçoise dès qu’il le peut. J’ai eu l’occasion d’avoir Georges Lautner plusieurs fois au bout du fil pour préparer le salon. Il m’y parla de ses soucis. Je n’étais pas préparé à la personnalité qu’allait me faire découvrir ce débat ; et je pense que les trop peu nombreux participants ont été aussi enchantés de la découverte. Les quelques interviews que j’avais vu de Georges Lautner me donnaient l’impression d’un homme aimable, plus sérieux que les films qu’il réalisait, plus effacé aussi. La découverte de films comme « Le septième juré », « La route de Salina », « Mort d’un pourri », « Gallia », « Arrêtez les tambours » ou « La maison assassinée » m’avaient détrompé sur le dernier point. Mais j’étais de ceux qui pensaient que la drôlerie des « Tontons flingueurs » venait avant tout d’Audiard. C’était une erreur. Le document qui suit démontre tout le contraire. Vous allez voir je crois un Georges Lautner comme vous ne l’avez jamais vu (mis à part peut-être dans l’interview qu’il fit lui-même de Serge Gainsbourg dans l’émission « Entrez dans la confidence » de 1968). Georges Lautner aime bien déconner et la drôlerie de ses films vient bien sûr des interprètes et dialoguistes de ses films, mais avant tout de lui.

Je voudrais bien sûr le remercier pour sa venue au salon, à deux titres. D’abord parce que je suis très honoré quand un grand réalisateur accepte de venir parler au Salon des séries. Et Georges Lautner est un réalisateur reconnu à juste titre pour « Les tontons flingueurs », « Les barbouzes » et « Ne nous fâchons pas », mais il n’est pas encore reconnu comme le grand réalisateur qu’il est. La seconde raison de le remercier c’est qu’il a accepté de venir parler des « Monocle » alors qu’il est plutôt en promotion des « Tontons » et des « Barbouzes » après leur ressortie en salle et en DVD. Beaucoup sans doute vont découvrir l’existence des Monocle en écoutant cet entretien de Georges Lautner. J’espère que cela leur donnera l’envie de regarder les films ; des films qui n’ont rien à envier en drôlerie aux « Barbouzes » et à « Ne nous fâchons pas ». Mais il est vrai qu’aujourd’hui Paul Meurisse est un peu oublié alors qu’on se souvient encore, et comment faire autrement, de Lino Ventura. Alors soyez curieux et regardez les trois Monocle (« Le monocle noir », « L’oeil du monocle », « Le monocle rit jaune »).
http://serialement-votre.etron.fr/video/salon2009-05.flv
Enfin j’aimerais exprimer ma satisfaction d’avoir fait la connaissance avec Robin Davies, le réalisateur de « J’ai épousé une ombre » avec Nathalie Baye et de « Ce cher Victor » avec Bernard Blier et Jacques Dufilho, qui était venu accompagner Georges Lautner.

Les images sont de Florence Enjalbert.Monocle00002

Rencontre avec Alain Dorval

Rencontre avec Alain Dorval

Sérialement Vôtre, en collaboration avec le club des Mystères de l’Ouest, a organisé le 7 juillet dernier, dans un restaurant parisien, et dans le cadre des « Repas des Séries », une rencontre au sommet avec le comédien Alain Dorval, une des voix les plus caractéristiques du doublage français puisqu’il double Sylvester Stallone depuis le premier Rocky (1977).

Ce comédien, à la voix imposante, né en 1946 comme Stallone, suit une formation très classique : après les cours Simon, il réussit le concours du Conservatoire d’art dramatique de Paris. Il commence à jouer au théâtre et à tourner pour la télévision à la fin des années 60. C’est d’ailleurs à cette époque qu’Eric Kahane, adaptateur et directeur artistique lui propose de faire du doublage. C’est pour la série Les bannis (26 épisodes) dans laquelle il prête sa voix au « cow-boy » Don Murray (son accolyte, Otis Young, étant doublé par Med Hondo).

Dans les années 70, on va l’entendre, dans des seconds rôles, sur plusieurs séries comme Les têtes brûlées dans laquelle il double le sergent Micklin. Mais c’est grâce au cinéma, et à Sylvester Stallone en particulier que la voix d’Alain Dorval va être connue du grand public. En 1977, il double Stallone pour la première fois dans Rocky, dirigé par Jacques Barclay pour START. A partir de cette époque, il va devenir sa voix attitrée ou presque, notamment dans les Rambo (à partir de 1982). Les seules fois où il ne le doublera pas ne seront pas de son fait, précise-t-il, mais de sociétés de doublage n’ayant pas fait appel à lui pour diverses raisons. Alain Dorval nous révèle qu’il vient de doubler Stallone dans la bande annonce de son nouveau film Expandables : unité spéciale, dirigé par Danièle Perret chez Dubbing Brothers. Il s’apprête à enregistrer le film à partir du 10 juillet.

Alain Dorval nous avoue qu’il travaille au doublage beaucoup plus pour le cinéma que pour la télévision, contrairement à sa charmante épouse, Dominique Dumont (qui l’accompagne à notre repas) qui est la voix française de Heather Locklear depuis la série Dynastie (1984 en France), celle de Katherine Kelly Lang dans le soap Amour, gloire et beauté et également celle de Mariska Hargitay dans New York unité spéciale.

Au cinéma, on a entendu la voix d’Alain Dorval notamment dans Alien, le huitième passager (1979) dans lequel il double le personnage de Brett ou encore le film de Disney Tron (1981) dont il garde un très bon souvenir; il y double Jeff Bridges sous la direction de Jean-Pierre Dorat. A part Stallone, un de ses acteurs fétiches au doublage est également Nick Nolte qu’il double notamment dans 48 heures (1982) et Les nerfs à vif (1991) ou encore de l’italo-américain Danny Aiello.

Du côté des dessins animés, Alain Dorval est la voix du Teigneux dans la série des Il était une fois… (à partir de 1982), celle de Tiger dans les Fievel (à partir de 1996) et celle de Pat Hibulaire dans les Dingo de Disney (à partir de 1995). Il a aussi doublé dans FourmiZ (1998), car dans la VO, c’est Stallone que l’on entend. Décidement, la boucle est bouclée !

(Remerciements à La gazette du doublage : www.lagazettedudoublage.com)

Interview doublage : Georges Caudron et Caroline Beaune

Interview doublage : Georges Caudron et Caroline Beaune

Série fantastique phare des années 90 démarrée en 1993, X-Files s’est étalée sur 9 saisons pour un total de 201 épisodes et deux films sortis en salles. Composant deux enquêteurs du FBI aux prises avec le paranormal, ses principaux interprètes ont été récompensés pour avoir incarné des personnages on ne peut plus marquants, l’un cartésien, l’autre plus ouvert au surnaturel.
Gillian Anderson a ainsi reçu un Emmy Award en 1997 et David Duchovny un Golden Globe la même année. Popularisée en France sous le titre X-Files, aux frontières du réel, la série a été diffusée sur M6 à partir de 1994.
De haut niveau, son doublage français a beaucoup contribué à son succès. Georges Caudron a doublé le personnage de Mulder pendant les 7 saisons où il est apparu et Caroline Beaune a prêté sa voix à Scully durant les 9 saisons entières. Mais même s’il n’a pas participé en tant que comédien aux deux dernières saisons, Georges Caudron a continué à participer à l’aventure en en dirigeant plusieurs épisodes.
Nous avons reçu et interviewé ces deux comédiens de talent au 6ème salon des séries tv et cinéma.

PREMIERE PARTIE : PARCOURS PROFESSIONNEL ET PREMIERES EXPERIENCES AU DOUBLAGE

Sérialement Vôtre : Dans l’édition du journal Libération du 19 juin 1998, Georges Caudron s’est exprimé sur le doublage : « Le doublage n’est pas du karaoké ! » Le journaliste commentait : « On verrait bien cette homme passionné à la tête de l’armée de l’ombre des comédiens de doublage, luttant pour la reconnaissance du métier, militant pour le travail bien fait. »

Georges Caudron : Juste pour l’anecdote, la journaliste de Libération était plutôt contre le doublage. Je lui proposé de me rencontrer dans un café et de lui expliquer mon métier. Mon enthousiasme a été une motivation pour elle de venir me rendre visite sur le plateau du doublage de la série. Elle devait rester 1 heure, et, finalement, elle est restée 3 jours ! Elle a écrit un article de 3 pages. Elle s’est rendue compte que derrière ce mot de « doublage », il y a des acteurs, des adaptateurs, des directeurs de plateau, des calligraphes, des mixeurs… Il y avait un monde derrière; le monde du cinéma ! C’est vraiment toute une industrie.

Caroline Beaune : Ce qui a fait que les gens sont parfois contre nous, c’est qu’il existe aussi du mauvais doublage, et c’est ça qui nous fait beaucoup de tort… Il y a eu des sociétés de doublage qui n’ont pas bien travaillé et il faut quand même le dire car il faut essayer de protéger et d’encourager ce qui se fait de bien. On compte vraiment sur vous, les fans, pour le faire savoir car c’est important !
Après avoir travaillé sur X-Files, je suis devenue sa voix française que le public avait l’habitude d’entendre. Pourtant, quand elle a tourné un petit rôle dans un film dans lequel elle jouait une junkie, la société de doublage ne m’a pas engagée sous prétexte qu’ils n’avaient pas reconnu que c’était Gillian Anderson qui jouait le rôle !? En fait, ils s’en fichaient…

Georges Caudron : C’est un non-respect du public dans ce cas-là !

Caroline Beaune : Ce qu’il faut dire aussi, c’est j’ai l’impression que certains décideurs font la différence entre les comédiens de doublage de séries TV et ceux qui doublent pour le cinéma. Il y a une sorte de snobisme. A l’époque mon père, Michel Beaune, dont beaucoup disent qu’il était un merveilleux comédien, faisait énormément de choses. Il faisait à la fois du théâtre, de la télévision, du cinéma, du doublage et on le considérait pour toutes ces disciplines. Maintenant, vous faites ou de la télévision, ou du cinéma, ou du doublage. C’est un peu cet état d’esprit. Et donc, à l’intérieur même du doublage, il y aussi la spécificité que je vous ai expliquée, même si Georges en est un contre-exemple mais c’est assez rare.

Sérialement Vôtre : Je vais maintenant poser une série de questions, en parallèle, à nos deux comédiens afin de les connaître mieux. Nous allons commencer par Caroline. Quel parcours avez-vous suivi pour devenir comédienne ?

Caroline Beaune : J’ai suivi un parcours assez classique. J’ai pris des cours au Studio 34 avec Claude Mathieu et Philippe Brigaut… J’ai suivi des stages aussi. Je suis allée travailler avec Antoine Vitez aux Ateliers d’Ivry, ce qui était radicalement différent ! Ensuite, j’ai fait très vite du café théâtre, du théâtre, du Boulevard avec Michel Roux; c’était « Le canard à l’orange » que j’ai joué pendant un an en tournée et à Paris. Le théâtre de Boulevard n’est pas une expérience qui m’a beaucoup plu. Je trouvais que les comédiennes dans ce genre de théâtre étaient un peu inconsidérées. Mais l’expérience a été très enrichissante car c’est un sacré parcours de comédien; il faut avoir beaucoup d’énergie, aller chercher le public…
J’ai joué beaucoup de pièces classiques (Molière…). J’ai fait de grandes tournées à l’étranger : en Afrique, en Amérique du sud, dans l’océan indien… avec la compagnie des Tréteaux de France.
J’ai fait de la télévision et très peu de cinéma. Ah oui, j’ai fait une chose amusante lorsque j’étais encore au lycée Honoré de Balzac, dans un cours de théâtre. Le réalisateur de A nous les petites anglaises est venue faire passer des auditions. Je suis donc partie tourner un mois en Angleterre dans ce film. Je jouais le rôle de Catherine et je me cachais derrière mes cheveux car j’étais un peu timide. Cela a été une expérience extraordinaire ! J’ai fait toutes ces choses très différentes, pas mal de théâtre, de la télévision, moins de cinéma et puis je suis venue au doublage.

Georges Caudron : Moi j’ai suivi les cours de Jean-Laurent Cochet, ceux de l’Ecole de la rue Blanche, et comme j’avais le physique du fils de monsieur tout le monde, j’ai adoré faire du Boulevard; j’en ai fait beaucoup ! J’ai été le fils de Jean Piat, de Jean Poiret, de Bernard Blier… J’ai joué pour Robert Hossein, j’ai joué Des Grieux dans « Manon Lescaut », j’ai fait aussi beaucoup de séries télé : Au plaisir de Dieu, Joséphine de beauharnais, avec Robert Mazoyer qui était un grand monsieur de la télévision. Et puis, à un moment de ma carrière, il y a eu un trou car j’étais trop vieux pour faire les fils et trop jeune pour faire les pères. Je suis entré un lundi matin à la synchro chez Télétota, et je n’en suis plus ressorti car j’ai trouvé absolument ma voie. Cela a été une rencontre avec une équipe, avec des gens qui savaient faire leur boulot, qui étaient formidables et j’ai le plaisir de jouer comme dans la commedia dell’arte, de jouer sous le masque d’un autre comédien. Je suis parfaitement heureux et pas absolument pas frustré, bien au contraire. Je fais aussi un peu de théâtre et un peu de télévision quand cela arrive.
Le doublage est une spécialisation du métier comme on fait de la radio, de la télé et du cinéma. Comme dit Caroline, on devrait tous jouer dans tous les domaines. D’ailleurs, je suis assez stupéfait lorsque je vois des acteurs de direct qui ne savent pas se doubler. Par exemple, je viens de voir le Da Vinci Code. C’est extraordinaire car on dirait que c’est Tom Hanks qui parle réellement français; Jean-Philippe Puymartin le double parfaitement. Par contre, pour Audrey Tautou, on a l’impression qu’elle est mal doublée par quelqu’un d’autre. Elle a joué en anglais et elle s’est doublée elle-même et je trouve que cela ne fonctionne pas. Elle ne sait pas se doubler. Il faudrait que les jeunes acteurs apprennent cette technique dans les cours de comédie.
On est inondé de gens qui sont soit des journalistes, soit des footballeurs qui croient que parce qu’ils ont un nom, ils vont y arriver, ils vont doubler facilement un dessin animé et ils se plantent ! Nagui sur Super Noël était très mauvais, idem pour Cauet sur Garfield… Il y a un vrai travail d’acteur, une vraie création. Lorsque j’ai commencé à faire du doublage, pendant presque un an, j’ai doublé des petits rôles, des ambiances pour apprendre, pour comprendre… Et là, on prend une vedette de télévision et il double un rôle principal uniquement parce qu’il a un nom ! C’est incroyable et pitoyable à la fois !

Sérialement Vôtre : Je souhaitais vous interroger sur vos meilleurs souvenirs de théâtre, de cinéma et de télévision mais vous avez commencé à y répondre…

Georges Caudron : Mon meilleur souvenir est d’avoir joué le fils de Bernard Blier dans « Le nombril » de Jean Anouilh pendant 550 représentations au théâtre de l’Atelier. C’est la dernière pièce d’Anouilh. On ne savait jamais comment Bernard Blier allait se comporter… (léger rire).

Caroline Beaune : J’ai tourné pour la télévision La duchesse de Langeais d’après Balzac, réalisé par Jean-Paul Roux. C’était un rôle magnifique. J’étais toute jeune et c’était la première fois que je jouais un rôle principal à la télévision. Malheureusement, c’étaient les premiers tournages en vidéo avec des conditions de travail vraiment difficiles, où souvent le réalisateur était en régie avec un haut parleur. Il n’était même pas près de vous pour vous diriger. Ce n’était pas simple, comme c’est le cas maintenant où le doublage doit se faire très vite. Mais c’est quand même un beau souvenir car j’ai joué avec Tsilla Chelton et avec d’autres comédiens formidables. Et puis, j’ai fait aussi un mélo formidable monté par Alain Pralon à l’hôtel de Sully avec Bernard Ballet. Cela a aussi été une belle expérience de théâtre de plein air.
Il y a eu également mes tournées, dont je vous ai parlé, qui étaient quand même formidables. J’ai eu aussi une expérience de cinéma où je jouais un petit rôle d’infirmière. C’était un film anglais dans lequel j’avais pour partenaire Marcello Mastroianni. J’avais trois phrases à jouer en anglais et j’étais terrorisée à l’idée de tourner dans cette langue qui n’est pas la mienne; je ne suis pas bilingue. J’avais cette scène avec lui et on faisait champ contrechamp bien évidemment. On a commencé par lui puis on a fait un contrechamp sur moi. Ce que je peux vous dire, c’est que monsieur Mastroianni aurait pu dire se faire remplacer par son assistant pour me donner la réplique, mais il est resté avec moi, il m’a soutenu. Il s’est mis accroupie pour me donner son regard et pour que je puisse jouer la scène. Donc ça, même en n’en parlant, cela m’émeut énormément. Maintenant, rares sont les grands acteurs français qui font cela…

Sérialement Vôtre : Comment êtes-vous venus au doublage ?

Georges Caudron : Au départ, je ne voulais pas en faire car j’étais au théâtre tous les soirs et c’était très fatiguant. J’ai joué beaucoup de pièces très longtemps. J’avais des enfants et le matin à 9h ce n’était pas possible. Et puis, j’ai connu une période où j’ai eu moins de travail. On m’a emmené chez Télétota un lundi matin pour assister au doublage d’une série de dessins animés qui s’appelait Les Gobots, où des voitures se transformaient. J’ai regardé et j’ai trouvé cela absolument magique. Je me souviens encore de l’accueil de grands comédiens comme Jacques Deschamps, Claude Joseph et Jean-Claude Michel. Ils m’ont accueilli vraiment comme si j’étais un fils car ils savaient que je faisais du théâtre… Quand on dit que le doublage est un métier difficile et qu’on rejette les autres, ce n’est pas vrai du tout ! Moi, j’ai été adopté par eux. J’ai donc commencé par des tous petits rôles pendant un an. A chaque fois que j’avais un rôle, je me disais que je n’y arriverais jamais car je m’entendais et je me rendais compte que je ne collais pas à l’image mais je me suis accroché et on mes aînés m’ont soutenu. Moi, maintenant, qui dirige et qui auditionne des jeunes, je me rends compte que ce n’est pas tellement le synchronisme qui compte. C’est de savoir si le comédien sait y mettre tout son coeur… s’il a quelque chose à donner, on lui apprendra à être synchrone.

Caroline Beaune : Pour moi, c’est un peu la même chose. Un jour, je me suis retrouvée sur un plateau de synchro. Je ne sais plus si j’y suis arrivée par mon père ou pas, mais être « fille de » ce n’est pas toujours facile car on vous le fait quand même remarquer. Lorsqu’à mes débuts, j’ai fait des essais qui n’ont pas marché et on m’a rétorqué : « Ce n’est pas parce que vous la fille de Michel Beaune que vous allez pouvoir faire ce métier ! » Bon, je trouve ça tout à fait normal car, moi-même, je suis contre le népotisme. Il se trouve que dans ce métier, il n’y a pas de mystères, si vous n’êtes pas à votre place, à un moment donné on vous vire, même si vous êtes le fils ou la fille de… Mais, c’est vrai qu’au début, on ne vous fait pas de cadeaux, on vous attend un peu au tournant.
J’ai commencé la synchro par les Muppet Babies en doublant le personnage de Scooter, un petit garçon qui zozotait. On a enregistré cela dans les anciens studios Pathé, rue Francoeur, qui avaient une grande histoire. Ils ont brûlé depuis et maintenant c’est devenu une école de cinéma, la FEMIS. C’est vrai de commencer le doublage avec un dessin animé est plus facile : on peut inventer, c’est plus créatif. Vous acquérez doucement la technique de manière ludique et puis ça vient et vous passez plus facilement sur le doublage d’un acteur. Et puis, un jour, avec de la chance il y a LA rencontre avec un comédien ou une comédienne, comme pour moi avec Gillian Anderson et maintenant avec Felicity Hoffman. Lorsque vous ressentez ce que peut ressentir la comédienne américaine, c’est extraordinaire ! C’est assez rare. N’est-ce pas Georges ?

Georges Caudron : Ce que fait Caroline sur Felicity Hoffman dans Desperate Housewives est absolument épatant ! Elle a joué magnifiquement les scènes par rapport au cancer de Linette… Moi aussi j’ai eu des rencontres, notamment avec David Duchovny. Dans le premier film d’X-Files, on n’a pas fait tous les cris en français car on avait une version internationale très fournie. On a donc gardé les cris et gémissements de Mulder. Lorsque j’ai entendu la première bande-annonce du film, j’ai cru que c’était mes cris à moi que l’on entendait et pas ceux de Duchovny. C’est la première fois que ça m’arrive. Il joue, il ressent et il réagit comme je pourrais le faire. Ca me donne la chair de poule d’en parler… J’ai rencontré David Duchovny. Il est un petit peu comme moi. Il est très drôle, très volubile. Il m’a invité à déjeuner au Ritz. C’est très drôle car on est presque jumeaux. On a les mêmes folies, les mêmes rigolades… Il y a une vraie rencontre vocale. J’aime aussi beaucoup doubler Steven Culp. Maintenant, comme j’ai fait beaucoup de héros, j’ai très envie de jouer les tordus, méchants ! (rire.)

Sérialement Vôtre : Vous avez parlé de vos premières expériences dans le doublage. Je souhaiterais savoir, pour chacun de vous deux, quel a été votre premier grand doublage ?

Georges Caudron : Le premier rôle dont je me souviens très bien puisque ça m’a demandé un peu de travail, c’est Rick Moranis dans Chérie, j’ai retreci les gosses ! Il était tellement étonnant dans ce film, avec un rôle à la Jerry Lewis ! (rires). Avec cette série de films, je me suis lâché car j’étais plus dans le registre du jeune premier.

Caroline Beaune :  Pour moi, cela a été avec Jean-Pierre Dorat. A mes débuts il m’a confié de très beaux rôles et je lui en sais gré. Le premier film est La famille Adams dans lequel je doublais Joan Cusack qui jouait une furie ; elle avait des monologues complètement hystériques. C’était génial et je me suis éclaté à la faire ! J’avais doublé aussi Laura Dern dans Rambling Rose (1991), un film magnifique.

Georges Caudron : Je pense que les bons souvenirs, ce sont les rôles qu’on ne pensait pas pouvoir faire, qui nous emmènent au delà de nos possibilités, au delà de ce que l’on sait faire; dans la douleur, dans le drame… Nous sommes alors comme des acteurs vis-à-vis d’un rôle classique. On vous confie un rôle qu’on surmonte peu à peu et lorsque l’on voit le film fini, on se dit « je l’ai fait ! ».Les très bons souvenirs, ce sont les rôles qui vous ont fait passer de l’autre côté de quelque chose, qui vous ont appris sur vous même, sur vos possibilités… Et si, en plus, comme tu dis, on a un directeur de plateau qui aide, qui vous emmène et qui vous prend par la main, il vous porte et vous avez envie de lui faire plaisir.

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Le dernier souffle de Belphégor

Le dernier souffle de Belphégor

La maison du roman populaire

A L’Haÿ-les-Roses repose l’âme d’Arthur Bernède, le créateur de Belphégor. Pas très loin de là on trouve encore la tombe de Georges G. Toudouze, auteur d’un Fanfan la Tulipe. Depuis 2007 on peut sentir leur souffle dans un ancienne ferme réhabilitée en bibliothèque : La maison du roman populaire. Quand on y rentre on imagine très bien les mystères qu’Arsène Lupin ou Rouletabille auraient eu à y résoudre, comme l’affaire Steinheil, fait divers réel, qui défraya la chronique au début du XXe siècle et mit à la une L’Haÿ-les-Roses.
En parcourant les travées de la maison du roman populaire je ne trouve aucun cadavre mais bien des affiches rares de Jacques Tardi, alors que sortent sur grand écran les « aventures d’Adèle Blanc sec ». Je rencontre aussi Walter Scott, San Antonio, Philipp K. Dick, Cécil Saint Laurent et 70 titres d’Hector Malot « qu’on ne trouve sans doute plus qu’ici et à la Bibliothèque nationale de France » me dit l’élue responsable des lieux. Les bibliothèques ne peuvent tout garder, elles ont tendance à pilonner les « vieilles » éditions pour privilégier les nouveautés. Ces livres promis à l’abattoir sont recueillis ici, « nous sommes une bibliothèque de sauvegarde » me dit mon hôtesse.

La bibliothèque

Tout le monde peut donner les livres dont il ne sait que faire même les romans non populaires. Car la maison du roman populaire dispose du pouvoir magique de rendre populaire un roman non populaire, cela s’appelle « le troc ». « Nous échangeons des livres avec d’autres bibliothèques, des associations, d’autres établissements intéressés par des livres qui ne nous concernent pas. En échange ils nous donnent des romans populaires ». Etant municipale la maison du roman populaire achète aussi grâce aux deniers publics. Mais surtout, à certaines occasions, les particuliers peuvent apporter un livre et repartir avec un autre livre.
En butinant sur les rayons je tombe sur une édition rare d’Herbert George Wells, je l’emporterais bien mais… « Oui, oui vous pouvez l’emprunter. Il n’est pas nécessaire d’habiter L’Haÿ-les-Roses pour pouvoir emprunter les livres. Vous pouvez en prendre deux pour une durée de trois semaines. Il vous suffit de présenter une pièce d’identité et d’un justificatif de domicile ». (« Tiens me dis-je, c’est comme chez Cyril »). Tout excité je pris dans mes bras toute une rangée de livres. « Certains ouvrages ne peuvent être lus que sur place » me précisa mon hôtesse.
Me sentant pris la main dans le sac malgré tout avec mon livre de Wells je tente de rebondir. « Non, non, je ne cherche pas à l’emprunter. Vous savez quel est votre problème? C’est ça! » et je lui montre la couverture de l’ouvrage : « L’homme invisible ». « Vous êtes invisible! Qui connaît l’existence de ces trésors? ». La dame reconnaît que le public ne se précipite pas pour emprunter. « Notre catalogue n’est pas encore en ligne. Mais nous y travaillons. Par contre nos conférences marchent bien! ». Et tous les deux mois, le troisième mardi, la maison ouvre ses portes pour des rencontres-lectures. C’est ainsi que j’apprends que si je m’étais dépêché j’aurais pu rencontrer le descendant de Jules Verne ou François Taillandier venu parler de Bob Morane.
Jamais je ne commettrai plus une telle erreur! Je me saisis des coordonnées de la maison.Elle est ouverte les lundi, mardi, mercredi, vendredi de 9H30 à 12H30 et de 14H à 18H. Elle est ouverte aussi le jeudi de 14H à 18H et le premier samedi de chaque mois de 10H à 13H et de 14H à 16H (mais elle est fermée le lundi suivant). Elle se trouve 17 rue des Tournelles 94240 L’Haÿ-les-Roses (RER à Bourg-la-Reine). 01 46 86 40 65 maison duromanpopulaire@ville-lhay94.fr
La maison du roman populaire est un partenariat entre la ville de l’Haÿ-les-Roses, l’AARP (association des amis du roman populaire) éditrice de la revue Rocambole et de l’AAMRP (association des amis de la maison du roman populaire).

Interview doublage : Franck Hervé, adaptateur

Interview doublage : Franck Hervé, adaptateur

par François JUSTAMAND

Remerciements à Paul-Hervé BERREBI

 

Franck Hervé au 6ème Salon des séries TV et cinéma

C’est en faisant ses débuts au sein de sociétés comme Teletota, Mediadub et Synchro Mondial entre autres, que Franck Hervé a appris son métier d’adaptateur de doublage. Après avoir commencé à travailler sur les versions françaises de séries comme

Arabesque ou Code Quantum, il a eu l’opportunité de se tourner vers l’adaptation de films cinéma. On lui doit notamment les dialogues en VF de films importants comme Master and Commander, Transformers ou Star Trek de J.J. Abrams.

Nous vous proposons cet entretien réalisé au 6ème Salon des séries TV et du cinéma.

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